La molinie
Histoire d'une plante opportuniste qui s'est imposée sur la plupart des milieux du haut plateau
Molinia caerulea (L.) Moench
Famille : Poacées
Hauteur : 60-80 cm
Floraison : juillet - septembre
La molinie est une graminée qui forme de grosses touffes (cespites ou touradons) constituées d'un ensemble compact de tiges, de rhizomes, de feuilles séchées et de racines formant un réseau inextricable d'une grande résistance, notamment au feu et aux longues périodes de sècheresse.
Plante indigène, elle était surtout présente autrefois dans les chênaies-boulaies avant que l'homme ne les exploite totalement. Dès la fin du Moyen Âge, les landes se substituent ainsi progressivement aux espaces boisés. Dans ce nouvel environnement, tant que se pratiqueront les activités agropastorales, la molinie restera contenue. Elle est fauchée, mais aussi pâturée au contraire de la bruyère quaternée toxique pour le bétail. Cette dernière peut donc s'épanouir aux dépens de la molinie.
Son heure vient avec l'abandon des pratiques agropastorales et du développement du drainage qui assèche de vastes superficies fagnardes. Elle cesse d'être pâturée et peut profiter de sa grande résistance aux longues périodes de sècheresse, contrairement aux espèces inféodées aux milieux humides, notamment son ancienne rivale la bruyère quaternée.
Sa grande résistance au feu est un autre atout qui lui permet de se substituer aux autres plantes détruites par le feu et de s’imposer de manière quasi exclusive. De plus, en produisant de la cendre, le feu fournit un amendement profitable à la Molinie, mais néfaste aux autres espèces typiques des landes fagnardes (Callune, Myrtilles et Bruyères) adaptées à des sols pauvres. Aujourd'hui, tout concourt désormais à favoriser la Molinie et à appauvrir la biodiversité des milieux où elle s'est installée : landes sèches, landes tourbeuses, tourbières dégradées. Seul le milieu de la tourbière active lui est peu propice, car décidément trop humide pour qu'elle puisse s'y épanouir sereinement.
Aujourd'hui, aux yeux de nombreux randonneurs, la molinie apparaît comme une plante naturellement et massivement présente dans les les paysages fagnards. Ce statut n'est toutefois que très récent. Un simple coup d'œil sur les clichés du début du siècle dernier en témoigne.
